Anne raconte comment la schizophrénie a bouleversé la vie de son fils et de son entourage

Quel est le parent qui ne voit pas avec joie et soulagement son enfant franchir le seuil périlleux de l’adolescence avec des projets plein la tête, une envie folle de croquer la vie, une solide confiance dans l’avenir, un métier entre les mains, une formation aux beaux-arts qui s’achève et une existence qui est celle souhaitée. Tout semble aller de soi!

Bien sûr, de la sortie de l’enfance à la vie de jeune adulte, il y a quelques passages un peu plus difficiles durant lesquels les parents restent en embuscade, vigilants, prêts à offrir une oreille attentive ou un conseil pour négocier un virage plus compliqué que les autres. Tout reste facile!

Soudain, l’orage gronde, la tempête perturbe la quiétude familiale, un cyclone s’abat sur une vie sans remous majeurs. Le jeune que vous avez connu calme, souriant, aimant et gai, devient un être lointain, fermé, sombre et imprévisible. Plus rien ne lui convient vraiment, il en veut à la terre entière et se persuade que la terre entière lui en veut. Tout se complique!

Bien que, en tant que mère, vous soyez maintenue à distance, vous redoublez de vigilance sans rien y comprendre. Vous sentez que l’être familier se transforme en étranger, de moins en moins saisissable, puisque son quotidien, son discours, ses paroles prennent une tournure dissolue. Tout vous inquiète!

Sans faire mine de vous en mêler – fichtre, vous êtes face à un adulte! –, vous observez, vous excusez, vous prenez des initiatives parentales, mais sentez bel et bien que l’existence de votre enfant vacille, qu’il descend à reculons et à toute allure la belle pente qu’il était en train de gravir. Tout va à vau-l’eau!

Puis, dans un tourbillon, se succèdent voyages fous, déménagements répétés, nouvelles alarmantes, idées délirantes, gestes inconsidérés et, enfin, hospitalisation. Tout se calme pour un temps!

A partir de là, pour les proches, c’est l’attente, le besoin de comprendre, la mobilisation de leur énergie pour en donner à cet enfant fracassé par la maladie, qu’ils voient souffrir, mais face auquel ils se sentent impuissants. Tout est à reconstruire!

Lentement, pas à pas, avec des hauts et des bas, en prenant du temps, le malade, les soignants et les proches forment un équipage. Chaque équipier doit prendre son quart pour mener l’embarcation à bon port. Il faut savoir essuyer des grains, manœuvrer dans les ouragans pour aborder sans casse et repartir. Bigre! que les accalmies sont agréables et douces les escales par beau temps. Tout continue!

C’est ainsi que j’ai appris qu’une existence peut basculer par suite d’un chagrin d’amour et du suicide de la personne aimée. Profitant que mon fils était submergé par les émotions, précipité dans le désarroi, la schizophrénie est sortie de sa tanière, fauchant en plein élan un homme jeune, qui disait souvent «tellement aimer la vie». Aujourd’hui, je me dis que l’amour peut tout!

Témoignage rédigé par Anne Leroy
(l’îlot, Association vaudoise de proches de personnes souffrant de schizophrénie, www.lilot.org)