Nicole (prénom d’emprunt) habite la région lausannoise. Elle fait partie des 30% de malades qui doivent apprendre à vivre durablement avec la maladie.

Je menais une existence normale, j’avais un travail intéressant avec des responsabilités, un appartement et une voiture, je faisais du sport. (…) Je n’ai rien senti venir, seulement j’avais de moins en moins d’énergie pour mon travail et j’ai commencé à avoir des idées délirantes: je devais me rendre à un rendez-vous pour sauver le monde. Une autre idée délirante était que les gens autour de moi étaient des francs-maçons et qu’ils me faisaient passer des épreuves pour que je sois admise dans leur loge. Je pensais que le pape allait mourir et j’entendais des cloches. Bref un délire paranoïaque et mystique.

Lors de cette décompensation, j’ai pu sortir de l’hôpital assez rapidement au bout d’une semaine et j’avais des rendez-vous réguliers dans un centre de soins ambulatoires. Je n’étais pas bien, mais au moins avec les médicaments, je n’avais plus les idées qui partaient dans tous les sens.

Mes parents ont été très présents à ce moment-là, mon père a pris deux semaines de congé pour pouvoir être à côté de moi. J’allais me promener avec lui dans la nature et j’ai aussi passé une semaine chez ma mère.

Au bout de deux mois, j’ai recommencé à travailler (…), ce qui m’angoissait terriblement, je ne me sentais plus capable d’affronter la compétition du monde du travail, même si je m’accrochais à l’idée que cette décompensation serait la seule et que j’allais rester dans le monde du travail.

Ensuite, on m’a fait clairement comprendre qu’il me fallait trouver un autre travail, ce que j’ai fait. Là, j’ai de nouveau rapidement décompensé et j’ai dû être hospitalisée d’office, comme on dit. Il a fallu bien admettre que je souffrais d’une maladie et que j’avais besoin de soins et de médicaments. Les médicaments, j’ai essayé plusieurs neuroleptiques jusqu’à ce qu’on en trouve un qui me convienne. (…)

Petit à petit, j’ai pu faire évoluer ce cadre pour que de receveuse de soins, je devienne demandeuse de soins. Cela s’est fait en plusieurs étapes.

A ma sortie, j’ai commencé par aller dans un centre de jour pour patients psy, cela me permettait d’avoir un rythme dans la semaine et de rencontrer d’autres personnes. (…) Ce centre de jour a été une étape importante, j’y suis restée plusieurs années, à plein temps au début, à temps partiel par la suite. (…)

Un autre élément qui m’a été bénéfique par rapport à la maladie est notre maison en Italie (…). Cela me donnait un cadre stable et sécurisant. Je pouvais me reposer et lire. Je n’avais pas la force de partir en vacances dans un cadre inconnu, cela me stressait et m’angoissait beaucoup trop (…).

Moi, je commençais le processus de deuil par rapport à mes attentes dans le monde professionnel: j’étais ambitieuse et j’aurais voulu faire carrière (…). J’ai dû apprendre un peu la paresse et admettre que je ne pouvais pas faire 50 mille choses à la fois et que je devais trouver un rythme de vie un peu plus tranquille.

Tout au long de ces années, j’ai eu régulièrement des réseaux avec mon équipe soignante, et il faut reconnaître que mes parents y ont toujours participé et ont fait équipe avec les soignants (…).

Actuellement, mon état de santé est stabilisé, et je vais bien.