Philippe est médecin psychiatre au CHUV

Au début de ma carrière, on nous disait que la schizophrénie était une maladie chronique et qu’il fallait surtout aider les patients à gérer un handicap et à accepter une médication qu’ils devraient prendre pendant toute leur vie.

Depuis quelques années, on parle de cette maladie de manière très différente. On écoute beaucoup plus les patients et on essaie de travailler avec eux comme avec des partenaires. Nous avons des connaissances sur la maladie dont ils sont atteints, mais ce sont eux qui sont les experts en ce qui concerne leur vie et leurs envies. On cherche alors plutôt à mettre notre savoir à leur service qu’à se mettre en position d’autorité à leur égard.

Au fil des ans, j’ai vécu des expériences étonnantes et des rencontres enrichissantes; j’ai vu des patients retrouver leur chemin et remettre leur vie en marche, alors que tout semblait pourtant si compliqué et impossible à changer. Certains continuent de chercher leur équilibre, mais d’autres ont pu sortir de leur isolement, retrouver leur indépendance, voire parfois finir leurs études, trouver un boulot et vivre une existence normale…

On peut pourtant dire que, pour eux, la vie ne sera certainement plus comme avant… C’est vrai, mais pour moi non plus: cette maladie bouleverse les existences et confronte à des questions qui ont trait à l’essence même de ce qui nous fait humains. Parler avec des personnes atteintes de schizophrénie nous conduit parfois dans des territoires où les certitudes sont ébranlées, où l’on prend à la fois la mesure de la fragilité et de la force de l’âme. Mais à chaque fois aussi j’ai observé l’importance absolument centrale de l’établissement d’un lien, d’une relation de personne à personne, si l’on veut pouvoir les aider un peu à retrouver leur équilibre. J’ai aussi appris qu’il y a plusieurs définitions de la guérison, et que ce qui compte, au fond, c’est que la personne y trouve son compte et qu’elle ait le sentiment d’un certain degré d’harmonie.

Témoignage rédigé par le Dr Philippe Conus
(Département de psychiatrie – CHUV)

Jʼai revu Vanessa. Tu sais qu’elle écrivait des textes. Moi jʼy croyais pas trop. Eh bien, elle a sorti un livre et elle le présentait ce week-end au Salon du livre de Paris. Je tʼassure, jʼai vu le livre. La couverture est magnifique. Et les textes – ciselés comme elle sait le faire. Lʼéditeur a insisté pour quʼon parle de sa maladie dans le texte de quatrième de couverture.

Elle nʼétait pas trop contente au début, mais elle assume et je trouve que ça donne bien. Elle avait lʼair en pleine forme. Incroyable ce quʼelle a fait !